7.1.18

Ah qui dira (sinon les poètes ou les scientifiques) la difficulté de mettre des mots précis sur des trucs !
Essayant de mettre au point un texte censé donner envie aux gens de sortir écouter quelque chose qu’ils ne connaissent pas à l’avance (en l’occurrence ici parce que la musique est improvisée, ou bien n’existe pas encore par l’enregistrement), je me vois écrire, pour légitimer la démarche de travail qui donne lieu à cette soirée, qu’elle est issue d’une « méthode expérimentale ». Parce que méthode, ça fait sérieux, et comme on a fréquemment droit à « ce truc c’est juste n’importe quoi » lorsqu’on fait entendre une façon de jouer de l’instrument ou d’explorer le sonore de façon, disons, inhabituelle par rapport aux standards communément médiatisés, et bien il faut préciser, il faut situer le travail. Et répéter que c’est un travail, aussi joyeux puisse-t-il être (parfois).  

Donc méthode. Pourquoi ? Parce que cela peut contribuer à faire passer l’idée, toujours un peu plus, qu’expérimenter des situations acoustiques, se laisser surprendre par son geste, par son cerveau, faire un retour sur cette surprise, en faire une seconde, puis une troisième expérience, voir ce qui est pareil, ce qui est différend, ce qui chute, ce qui résiste, construire petit à petit une somme d’expériences qui régulièrement prend le risque de perdre tout ce qu’elle a acquis, définit les contours d’une méthode qui peut être individuelle ou collective. Et permet à chacun, auditeur comme acteur, de continuer de questionner ce qu’est la musique, tout simplement, comme n’importe quel organisme qui repousse la raideur cadavérique, pour la faire vivre (attention, tout ça a très peu à voir avec la méthode musicale écrite, dont l’apprenti tourne les pages une à une pour découvrir ce qu’un autre a découvert avant lui - certainement d’ailleurs par une méthode expérimentale - et qu’il a envie de faire partager. Le lecteur de ces méthodes n’est a priori pas placé là dans une posture de réflexion personnelle concernant les propriétés physiques et acoustiques de son geste, avec tout un tas d’expériences qui pourraient s’ensuivre. Au contraire, on l’invite en général à faire l’économie des « mauvais gestes » pour ne pas perdre de temps. Et tant mieux pour les musiques qui ont besoin des « bons gestes » pour exister, et tant pis pour les musiques qui auraient pu naître d’un « mauvais geste », et se construire peu à peu, par la méthode expérimentale, jusqu’à temps que ce « mauvais geste » devienne – si l’expérimentation l’a retenu, si l’expérimentateur y a perçu un intérêt physique, acoustique, artistique - « le » geste pour ce son là, à ce moment là, dans ce temps là, dans cet espace là, avec ce corps là…et dans cet endroit où toutes les musiques, quelles qu’elles soient, deviennent une expérience...)

30.10.16


Il aimait Vian, Reggiani, le flamenco, se disait farouchement athée, et avait une vision parfaitement aboutie, délicate et spirituelle, de ce qu’il voulait faire avec une guitare. C’est l’image, lointaine mais à jamais enthousiasmante, qui me reste, ayant peu eu l’occasion de lui reparler après ces lointains stages de 1990 et 91 à Puget-Théniers. Mais pour lui qui fût “passeur” de connaissances et de sons jusqu’au bout, nul doute que nombreux seront bientôt les guitaristes du monde entier à éclairer son œuvre (que j’ai de mon côté un peu délaissée après l’adolescence pour l’exploration d’autres mondes sonores). Pensée pour R.D, mort hier. 
https://www.youtube.com/watch?v=Zw5Po3n72Ns